prendre le temps

Esprit de la médiation, es tu là?

 

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Elles ne sont pas rares les situations où on se dit qu’une autre façon de se parler améliorerait certainement le quotidien.

Aujourd’hui je me suis retrouvée dans le bus. A l’arrêt, un homme monte un peu trop tard et sa valise se coince dans la porte. Il hurle «  LA PORTE » et une fois installée invective le chauffeur de bus, une femme et lui lance « T’es vraiment une c… ».

C’est comme un coup de poing, un mot injurieux et empreint d’une telle agressivité qu’on peut penser qu’il contient plus que la seule exaspération d’être resté coincé entre les deux portes.

La conductrice demande alors au monsieur de sortir de son bus, et celui-ci feint de ne pas entendre.

Le bus reste donc immobile. Les autres passagers s’en mêlent et j’entends « je travaille » … « J’ai un train à prendre »….Puis arrivent les remarques plus personnelles : « Elle est stagiaire ou quoi ? »… « Qu’est-ce que tu fous la p…. » Et autres noms d’oiseaux.

Tout d’un coup, cette violence verbale et cette agressivité croissante me paraissent disproportionnées. Que peut refléter autant d’injures et d’énervement pour seulement 3 minutes d’attente ?

J’ai voulu tenter d’intervenir. J’ai pensé que clarifier toute cette incompréhension pourrait apaiser ce bus qui prenait des airs de ‘’guerilla’’.

Je me suis dit qu’une médiation, ou plutôt une approche médiation désamorcerait peut être cette situation aberrante.

Je m’approche de la conductrice et j’interroge les passagers présents sur la possibilité que chacun s’exprime différemment. Peut-on se mettre à la place de la conductrice qui en plein travail se voit insulter et invectiver de façon aussi violente ? Peut-on aussi se demander ce que nous penserions si à cet instant nous avions une urgence qui nécessite que ce bus démarre au plus tôt ?

Le retour de bâton a été rapide !

Les passagers les plus énervés m’ont dit de me mêler de ce qui me regardait et que moi, je n’allais pas travailler (interprétation !). La conductrice a affirmé que son bus ne démarrerait pas et que je pouvais prévenir les passagers. Ce que j’ai fait.

Une jeune fille s’est approchée et m’a dit qu’elle trouvait qu’autant d’agressivité pour un moment aussi banal de la vie quotidienne était ahurissant et elle m’a remercié de cette tentative d’apaisement. C’est moi, qui la remercie d’avoir été sensible à cette tentative d’insuffler un peu d’esprit de médiation dans ce contexte.

Cette histoire m’a permis de comprendre plusieurs choses :

Notre quotidien est truffé de situations qui appellent la médiation et l’écoute.

Changer sa façon de communiquer est difficile et emmener les personnes dans cette voie, ne se fait pas sans heurts et peut ne pas se faire.

Etre médiateur et croire à cette façon de faire, nous pousse parfois à vouloir pacifier à tous prix. Il faut accepter que toute situation ne donne pas lieu à une approche médiation.

La médiation se doit de suivre des règles précises, elle s’explique et doit même se consentir. Elle est tributaire d’un cadre et ne peut pas s’imposer.

En revanche, il me semble  que vouloir promouvoir l’esprit de la médiation à tous prix n’est pas un non-sens. C’est aussi un élan pacifique et humaniste. Mais il faut entendre que la médiation peut échouer et ne pas trouver sa place à chaque fois.

Esprit de la médiation es-tu là ? Un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout…….

Frédérique MOULINIER  FUENTES